Le turbopropulseur PT6A de Pratt & Whitney Canada est aujourd’hui le moteur le plus populaire de sa catégorie au monde. Il équipe des milliers d’avions et d’hélicoptères à haute performance. Mais à ses premiers jours, ce moteur (ou plus précisément une version industrielle appelée ST6) s’est retrouvé dans de nombreuses applications plutôt surprenantes.

Jetez un simple coup d’œil aux utilisations du prédécesseur du PT6A, le moteur ST6MC, conçu par nos ingénieurs dans les années 60 et 70. Bien vite, l’expression « nous avons une application pour ça » prendra une toute autre signification pour vous !

Bateau de course (1966)

Le Thunderbird.

Le Thunderbird. Archives P&WC (Gestion des documents et de l’information).

Le Thunderbird était une embarcation de 10 mètres conçue par le champion pilote Jim Wynn. Il était propulsé par deux moteurs ST6 couplés à deux transmissions de camions Chevrolet. Le jour de son lancement, le bolide a été chronométré à 109 km/h. Le 22 février 1966, dans le cadre de la Sam Griffith Memorial Race, l’embarcation a été l’une des deux seules sur 31 à terminer le difficile circuit. Bien qu’il ait remporté la course en 4 h 43 min, le Thunderbird s’est officiellement vu refuser la victoire, sous prétexte qu’il était une embarcation « expérimentale ».

Le Maritime, bateau en aluminium en forme de V de 32 pieds de profondeur.

Le Maritime, bateau en aluminium en forme de V de 32 pieds de profondeur. Archives P&WC (Gestion des documents et de l’information).

Turbo Train (1967)

Le Turbo Train.

Le Turbo Train. Archives P&WC (Gestion des documents et de l’information).

Le Turbo Train est apparu aux États-Unis comme moyen de transport haute vitesse de passagers entre Boston et New York. Au Canada, il devait représenter l’une des attractions d’Expo 67, mais il n’a pu être terminé à temps. En fait, la version canadienne du train a connu plusieurs pépins – reliés à son fonctionnement par temps froid ainsi qu’à son réseau électrique et ses commandes complexes et délicats – dans ses premières permutations. De retour sur rails vers 1973 dans le corridor Montréal-Toronto, le train a régulièrement roulé à de grandes vitesses (il a même atteint 193 km/h). Il a été mis hors service en 1982 pour être remplacé par un autre type de locomotive diesel.

Voiture de course à l’Indianapolis 500 (1967–1968)

L'aménagement du ST6 dans la voiture de formule Indy.

L'aménagement du ST6 dans la voiture de formule Indy. Archives P&WC (Gestion des documents et de l’information).

Le ST6 s’est retrouvé dans une voiture de course Indy pour la première fois en 1967, à la demande d’Andy Granatelli, président du fabricant d’additifs pour carburant et huile STP. La voiture a grandement dominé sa première course mais, huit milles avant la fi n de l’épreuve (qui en comptait 500), un roulement de la boîte de transmission – pièce d’une valeur de 6 $ – s’est brisé, menant à l’abandon. Le moteur avait pourtant parfaitement fonctionné. À la suite de restrictions imposées par le Club automobile des États-Unis (USAC), le moteur a été modifié avant d’être installé dans trois Lotus 56 l’année suivante. Les trois se sont qualifiées pour la course de 1968, bien qu’aucune n’ait terminé l’épreuve. Peu après, l’USAC a imposé d’autres restrictions sur les voitures équipées d’un moteur à turbine, ce qui les a chassées du circuit.

La Lotus STP Turbocar numéro 60 conduite dans au garage Gasoline Alley après avoir établi un nouveau record lors de la première journée des qualifications du Motor Speedway d’Indianapolis.

La Lotus STP Turbocar numéro 60 conduite dans au garage Gasoline Alley après avoir établi un nouveau record lors de la première journée des qualifications du Motor Speedway d’Indianapolis. Archives P&WC (Gestion des documents et de l’information).

La Lotus STP-Paxton Turbocar à la forme effilée, propulsée par une turbine à gaz ST6N-74 fabriquée par United Aircraft of Canada limitée en vue de l’Indianapolis 500 de 1968.

La Lotus STP-Paxton Turbocar à la forme effilée, propulsée par une turbine à gaz ST6N-74 fabriquée par United Aircraft of Canada limitée en vue de l’Indianapolis 500 de 1968. Archives P&WC (Gestion des documents et de l’information).

Formule 1 Lotus 56B (1971)

Lotus 56B (1971).

Lotus 56B (1971). © Pierre Hamel. Reproduit avec l'autorisation de Pierre Hamel.

La Lotus 56B a été la première voiture turbopropulsée à courir dans un Grand Prix. Il a suffi de quelques modifications mineures à l’Indy Lotus 56 pour qu’elle soit acceptée sur les circuits Grand Prix. Cela dit, l’apparence de la voiture a été pas mal modifiée, notamment sur les côtés pour accueillir un plus gros réservoir d’essence (une voiture Indy nécessite 189 litres d’essence contre 283 pour une F1). Équipée d’un ST6, qui peut atteindre 112 km/h au ralenti, la voiture a dû être munie de freins ultrapuissants. Elle a participé à plusieurs Grands Prix en 1971. Malgré de bonnes performances, elle n’a remporté aucune course.

Le « Jet Vett » (1978)

Jet Vett

Jet Vett © Pierre Hamel. Reproduit avec l'autorisation de Pierre Hamel

Granatelli a peut-être perdu la bataille pour garder le ST6 sur les pistes d’Indianapolis, mais rien n’aurait pu l’empêcher d’en installer un sous le capot d’une Corvette modifiée. Affectueusement surnommé « Jet Vett », ce bolide pouvait rouler à 320 km/h et devait faire le plein à l’aéroport. En 1998, l’actuel propriétaire du véhicule, Cliff Martin, l’a conduit au siège social de P&WC pour le présenter aux amateurs d’autos durant les Journées Portes ouvertes. C’est Pierre Hamel, de Montage et essais, établissement 1, qui a eu le plaisir de servir de chauffeur à certains visiteurs !

Jet Vett

Jet Vett © Pierre Hamel. Reproduit avec l'autorisation de Pierre Hamel

Autres applications inhabituelles du ST6

  • Déchiqueteuse mobile de billes de bois
  • Aéroglisseur
  • Hydroptère anti-sous-marin
  • Chasse-neige
  • Camion
  • Unité mobile de fracturation pour puits de pétrole
  • Génératrice

Le chasse-neige à turbine de la Voirie de la Colombie-Britannique, à l'œuvre dans la passe de Kootenay.

Le chasse-neige à turbine de la Voirie de la Colombie-Britannique, à l'œuvre dans la passe de Kootenay. Archives P&WC (Gestion des documents et de l’information).

Nous remercions Pierre Hamel pour son aide précieuse dans la compilation de l’information pour cet article et pour les photos prêtées et tirées de son immense collection sur le PT6. Nous remercions aussi Fred Cowley, ingénieur de maintenance aujourd’hui retraité, qui nous a fait bénéficier de son expérience pratique des applications non classiques de notre fameux PT6.

Ce texte a été publié pour la première fois dans le P&WC Magazine, édition Printemps 2010, p.32-33.

PHOTO DE COUVERTURE: L'aménagement du ST6 dans la voiture de formule Indy. Archives P&WC (Gestion des documents et de l’information).


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